Le rapport annuel d'activités 2025 de la CENTIF Bénin aura donc recensé 529 déclarations d'opérations suspectes (DOS), marquant une hausse continue de la vigilance financière par rapport aux 510 dossiers de 2024 et 443 de 2023. D'entrée de jeu, on peut penser que cette progression constante de l'activité déclarative s'explique par une meilleure implication des acteurs assujettis et un renforcement global de la conformité, notamment appuyé par la traçabilité des flux et des accords stratégiques comme le partenariat avec Benin Control. Par ailleurs, 07 dossiers clés ont été directement transmis et acheminés à la Cour de Répression des Infractions Économiques et du Terrorisme (CRIET) pour des soupçons avérés.
Parallèlement à ces résultats, le rapport 2025 alerte sur l'évolution des menaces et la digitalisation de la criminalité financière, caractérisée par la montée en puissance des terminaux de paiement électronique (TPE) et des montages financiers digitaux complexes par les réseaux criminels. Face à cette mutation rapide des techniques de blanchiment de capitaux qui nécessite une régulation technologique accrue, la CENTIF maintient parmi ses enjeux stratégiques majeurs la poursuite de la mise en conformité du dispositif national de lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme (LBC/FT).
En clair, le document dresse donc un état des lieux profond des risques et tendances en matière de blanchiment de capitaux et de financement du terrorisme (BC/FT) au Bénin et au-delà des statistiques déclaratives, le chapitre IV du rapport met en évidence l'émergence de typologies criminelles qui exploitent les failles des instruments financiers modernes, au premier rang desquels figurent les terminaux de paiement électronique et les produits d'assurance.
Cette photographie s'appuie sur la mise à jour de l'Évaluation Nationale des Risques (ENR), engagée en décembre 2024 et poursuivie tout au long de 2025, qui a permis d'identifier les principales menaces pesant sur le dispositif national. Les travaux ont intégré des thématiques émergentes, telles que la criminalité environnementale et le financement de la prolifération des armes de destruction massive, traduisant un élargissement notable du périmètre d'analyse par rapport à l'ENR précédente. L'analyse met également en évidence la contribution significative d'infractions comme la cybercriminalité, la contrebande et le trafic de faux médicaments au risque global de blanchiment de capitaux dans le pays.
LES TERMINAUX DE PAIEMENT ÉLECTRONIQUE, NOUVELLE PORTE D'ENTRÉE DES FONDS ILLICITES
Parmi les tendances les plus marquantes identifiées par la CENTIF figure l'utilisation détournée des terminaux de paiement électronique (TPE). Ce schéma, qualifié de « nouvelle typologie de blanchiment », repose sur la simulation d'opérations commerciales fictives réalisées au moyen de cartes bancaires, souvent étrangères, permettant l'intégration rapide de fonds d'origine illicite dans le circuit financier formel.
Les investigations menées révèlent un mode opératoire précis. En effet, les porteurs de ces cartes, en complicité avec les exploitants des entreprises concernées, simulent des opérations d'achat via les TPE. Les fonds ainsi crédités sont ensuite rapidement retirés en espèces, ce qui complique considérablement leur traçabilité. Ce schéma est fréquemment adossé à des activités de cybercriminalité, notamment des fraudes aux moyens de paiement telles que le phishing ou l'usage de malwares bancaires. Il révèle la vulnérabilité structurelle des instruments de paiement électronique face aux infractions financières et confirme la nécessité d'un renforcement des contrôles, tant au niveau des institutions financières que des commerçants eux-mêmes.
LES PRODUITS D'ASSURANCE, VECTEUR PRIVILÉGIÉ DE STRUCTURATION DES FONDS
Le rapport identifie également le secteur des assurances comme un vecteur potentiel de blanchiment. Les contrats d'épargne et de capitalisation, en raison de leur capacité à accueillir des montants élevés et à transformer des fonds d'origine illicite en flux financiers apparemment légitimes, sont particulièrement exposés. Deux cas concrets illustrent l'ampleur du phénomène. Dans le premier, un client a souscrit un contrat d'assurance épargne à prime unique de 800 millions de FCFA, réglé par deux virements bancaires distincts provenant de la levée d'un dépôt à terme. Mais la structuration des paiements et l'absence de justification économique convaincante ont conduit la compagnie d'assurance à transmettre une déclaration de soupçon.
Dans le second, un souscripteur a investi 1 milliard de FCFA dans quatre bons de capitalisation, financés par de multiples versements en espèces effectués par plusieurs personnes physiques, sans justification de l'origine des fonds. Ces deux cas mettent en évidence l'utilisation des produits d'assurance comme vecteurs de placement, la structuration des transactions et le recours à des tiers pour dissimuler l'origine réelle des fonds.
Face à ces nouvelles tendances, la CENTIF appelle à un renforcement des mécanismes de contrôle et à une vigilance accrue de l'ensemble des acteurs financiers. Le rapport insiste sur la nécessité d'une mise à jour régulière des évaluations des risques et d'une adaptation continue des stratégies nationales de lutte contre le blanchiment, intégrant les menaces émergentes à mesure qu'elles se matérialisent. L'amélioration de la qualité des déclarations d'opérations suspectes (DOS), le renforcement de la formation des acteurs assujettis et une meilleure coordination entre les autorités compétentes sont présentés comme des leviers essentiels pour relever ces défis.
L'analyse des typologies et tendances nationales de BC/FT présentée dans le rapport 2025 de la CENTIF confirme, s'il en était besoin, que le blanchiment de capitaux n'est pas un phénomène figé. Cette ingénierie du mal évolue au rythme des innovations technologiques et des mutations économiques. Pour les autorités béninoises, l'enjeu consiste désormais à maintenir une capacité d'adaptation constante et à renforcer les dispositifs de prévention et de répression, afin de préserver l'intégrité du système financier national et de contribuer à la stabilité économique du pays.