OFAC et sanctions africaines pour le premier semestre 2026
D'entrée de jeu, rappelons que pas grand chose n'a changé pour l’Afrique francophone qui n’est pas absente du tableau des mesures restrictives américaines, comme en témoignent plusieurs dossiers récents. D'abord, il faut rappeler que la République démocratique du Congo a vu le 30 avril 2026, l’ancien président Joseph Kabila officiellement sanctionné pour avoir « apporté un soutien au Mouvement du 23 mars (M23) » et l’Alliance Fleuve Congo impliqués par une décision entrainant le gel de leurs éventuels avoirs aux États-Unis et l’interdiction pour toute entreprise ou citoyen américain de commercer avec eux.Indiquons aussi que ce même conflit congolais a vu l’OFAC sanctionner le 2 mars 2026 les Forces de défense du Rwanda ainsi que quatre de leurs officiers supérieurs pour soutien opérationnel direct au M23, avant de cibler le 2 juin 2026 deux hauts responsables des FDLR et du M23, Gustave Kubwayo et John Imani Nzenze.
Plus au nord, le Mali a connu une évolution symétrique montre que le 27 février 2026, Washington a radié de la liste OFAC trois hauts responsables maliens, les généraux Sadio Camara et Alou Boi Diarra ainsi que le lieutenant-colonel Adama Bagayoko, qui avaient été inscrits en juillet 2023 pour avoir facilité le déploiement d’instructeurs russes au Mali.
Enfin, le 22 juin 2026, l’OFAC a ciblé un réseau de financement de l’État islamique reliant le Nigeria, la France, la Syrie et la Turquie, désignant notamment Mukhtar Adamu Muhammad, facilitateur financier basé à Lagos pour la branche ouest-africaine du groupe, ainsi qu’un ressortissant français, Miloud Abderrahmane, accusé d’avoir réalisé des transactions en cryptomonnaie avec des éléments affiliés à l’EI en Syrie. Ces cas illustrent la diversité des situations où les instruments de l’OFAC s’appliquent sur le continent francophone, que ce soit pour des motifs de stabilité régionale, de lutte antiterroriste ou de contre-ingérence étrangère.
Nouvelles inscriptions avec près de 30 cibles ajoutées contre l’Iran et ses soutiens logistiques
Au total, ce sont vingt-neuf nouvelles entrées qui viennent enrichir les différentes listes de l’OFAC, avec une nette accentuation des pressions sur le régime de Téhéran et ses relais internationaux. Dans le viseur des autorités américaines, le réseau de pression maritime iranien a vu dix sociétés écrans fraîchement créées, principalement basées à Hong Kong, aux îles Marshall et en Iran, être placées sous le coup de sanctions, parmi lesquelles figurent des gestionnaires de navires, des courtiers en assurance comme la Persian Gulf Marine Insurance Company, ainsi que l’autorité portuaire Hormuzsafe.
Ces structures sont associées à huit pétroliers naviguant sous des pavillons de complaisance (Vanuatu, Barbade, Mozambique), identifiés comme des acteurs clés du harcèlement et des perturbations illicites dans les eaux stratégiques du golfe Persique. Parallèlement, l’OFAC a resserré son étau autour de la compagnie aérienne Mahan Air déjà sanctionnée, en ajoutant un ressortissant chinois, Tang Xin, ainsi que cinq entités basées en Chine, en Russie et en Inde, dont Shanghai Elite International Travel et Skiez Travels and Logistics, qui fournissaient des services de réservation, de fret et de logistique indispensables au maintien des liaisons internationales de la compagnie.
Enfin, dans un registre sectoriel, quatre groupes russes liés à la défense et à la technologie, dont United Engine Corporation, intègrent la liste des sanctions sectorielles, tandis que la liste non-SDN du Conseil législatif palestinien s’enrichit de l’inscription d’Ismail Abdul Salah Haniyah, consolidant ainsi les informations relatives à cette figure politique.
Retraits et consolidations avec plus de 150 entrées épurées pour une meilleure efficacité
En même temps, l’OFAC a procédé à un nettoyage important de ses bases de données, supprimant ou consolidant plus de cent cinquante entrées redondantes afin de faciliter le travail des services de conformité et d’éliminer toute ambiguïté. Cette rationalisation s’articule d’abord autour de la consolidation de dix-huit doublons, où des cibles apparaissaient à plusieurs reprises sous des identifiants différents, sans que leur statut de sanction ne soit affecté. En fait, ces opérations concernent notamment des entreprises russes du secteur industriel comme l’usine d’instrumentation d’Arzamas ou le centre de réparation navale Zvezdochka.
Sur la seule liste des ressortissants spécialement désignés, ce sont plus de cent vingt alias et variantes de noms qui ont été rayés pour ne conserver que les identifiants uniques, concernant des figures du narcotrafic colombien et mexicain, des trafiquants afghans et somaliens, ou encore des entités irakiennes héritées d’anciens régimes.
Parallèlement, la liste des sanctions sectorielles a vu dix-huit entrées disparaître, correspondant aux multiples dénominations des sociétés russes Sovremennye Tekhnologii, Korus Consulting, Technopromexport et United Engine, désormais unifiées sous une seule mention précise, tandis que la liste du Conseil législatif palestinien a été allégée de trois entrées consacrées à la même personne.
En opérant ce grand ménage, qui rappelle les missions historiques de l’OFAC depuis l’époque de l’Office of Foreign Funds Control pendant la Seconde Guerre mondiale, le Trésor américain offre aux acteurs internationaux des outils de contrôle plus lisibles, tout en envoyant un message clair aux réseaux iraniens : la course à l’opacité financière et maritime ne fera que multiplier les cibles potentielles pour les sanctions américaines, aussi sophistiqués que soient les montages juridiques déployés.