CEMAC : La BEAC consulte la place financière pour instituer le FEFAC, un forum économique et financier imaginé pour harmoniser la floraison des rencontres financières dans la zone


Par DMF | 


Face à une multiplication des événements sectoriels, la BEAC propose un Forum unique pour renforcer l’intégration régionale et la visibilité internationale de la CEMAC. En guise de préparation, le Gouverneur invite tous les acteurs financiers par lettre circulaire n° 08/GR/2026 du 15 mai 2026 à une consultation sur la création du Forum Économique et Financier de l’Afrique Centrale (FEFAC).

Autant il est vrai que la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) dispose d’un tissu institutionnel dense incluant la Banque des États de l’Afrique Centrale (BEAC), la Commission bancaire (COBAC), le marché financier régional (COSUMAF), la Banque de développement (BDEAC), sans oublier le GABAC pour la lutte anti-blanchiment. Autant il ressort que chacune de ces institutions organise ses propres rendez-vous annuels.

Le constat de la BEAC est sans appel : chaque année, se succèdent de multiples conférences, séminaires, salons et ateliers techniques, souvent sectoriels et cloisonnés. Parmi ces rencontres, on peut citer pour la BEAC le Cadre Permanent de Concertation des Trésors Nationaux, le Séminaire sur la politique monétaire et les Salons des Fintechs. De son côté, la COBAC tient quant à elle une concertation annuelle avec la banque, la microfinance et les commissaires aux comptes. Pour sa part, la COSUMAF organise l’Africa Capital Markets Forum et les Olympiades du marché financier. La CEMAC réunit le Collège de surveillance multilatérale et la Journée de la CEMAC. D’autres événements privés viennent encore s’ajouter à cette liste.

Selon la BEAC, ce foisonnement d’initiatives produit plusieurs effets néfastes à l'instar de : une sollicitation excessive des décideurs, une fragmentation des messages stratégiques, un effritement des ressources budgétaires des États et institutions, sans oublier une faible visibilité internationale de la CEMAC comme espace financier intégré. 

La BEAC souligne que le diagnostic est le suivant : "cette prolifération d’initiatives, quoique pertinentes induit de nouvelles contraintes et met en exergue plusieurs limites structurelles majeures : une sollicitation excessive et permanente des décideurs et experts, contraints de gérer une multitude de réunions, d’instruments, de dossiers et d’échéances concurrentes ; l’absence d’une vision intégrée et planifiée des enjeux communautaires, chaque institution évoluant selon son propre agenda et à son rythme ; une fragmentation des messages stratégiques et une dilution de l’efficacité dans la mise en œuvre des politiques communautaires, les avancées réalisées par les uns et les autres n’étant pas toujours homogènes ni mutuellement valorisées ; l’effritement des capacités et des ressources déjà insuffisantes des Etats et des institutions confrontés à des obligations financières croissantes et ; une faible visibilité internationale de la CEMAC, en tant qu’espace financier intégré et cohérent. Ce diagnostic met en évidence la nécessité impérieuse d’instituer un cadre fédérateur, permettant de transcender la logique des silos institutionnels". 

Le FEFAC : une plateforme unique pour fédérer et rationaliser

C’est pour remédier à ces dysfonctionnements que le Gouverneur de la BEAC a lancé, par lettre circulaire n° 08/GR/2026 du 15 mai 2026, une consultation sur la création du Forum Économique et Financier de l’Afrique Centrale (FEFAC). « Ensemble pour une Afrique Centrale intégrée, au service de ses citoyens » – telle est la devise de cette nouvelle initiative.

Le FEFAC se veut une plateforme permanente, interinstitutionnelle et à but non lucratif, placée sous le leadership stratégique des dirigeants des institutions de la CEMAC. Il ambitionne de fédérer les rencontres existantes en un rendez-vous annuel unique et structurant, de réduire de 40 % les coûts globaux liés à l’organisation d’événements multiples, de renforcer la cohérence des politiques économiques, monétaires et financières, et d’accroître l’attractivité de la CEMAC auprès des investisseurs internationaux.

Un format ambitieux et inclusif

Le FEFAC réunirait plus de 1 000 participants : régulateurs, banques, entreprises, fintechs, investisseurs, universités, think tanks et partenaires techniques et financiers. Il se déroulerait sur une semaine, en rotation dans les six pays membres, avec interprétation en français, anglais, arabe et espagnol. Les travaux incluraient des sessions plénières de haut niveau, des panels thématiques (finance digitale, cybersécurité, finance islamique, épargne, stabilité financière), des ateliers techniques, des rencontres B2B, ainsi qu’un espace d’exposition des innovations financières.

Une consultation ouverte jusqu’au 29 mai 2026

La BEAC invite l’ensemble des acteurs concernés – patronats, chambres de commerce, établissements assujettis à la COBAC, acteurs du marché financier, universités – à télécharger la note d’opportunité sur www.beac.int et à remplir le questionnaire en ligne (lien dans la circulaire) avant le 29 mai 2026. Les réponses permettront d’élaborer un rapport à soumettre aux instances communautaires en juillet 2026, puis de procéder à l’enregistrement institutionnel du FEFAC et à l’organisation de sa première édition.

Au-delà de la simple rationalisation événementielle, le FEFAC entend devenir un levier stratégique pour l’intégration financière et monétaire de la sous-région, la modernisation des infrastructures financières, l’émergence d’une pensée économique propre à la CEMAC, et la coordination des réformes communautaires face aux défis globaux tels que les crypto-actifs, l’intelligence artificielle et les nouvelles architectures financières africaines. Comme le souligne la note d’opportunité, « le FEFAC constituerait un signal fort adressé à la communauté internationale sur la détermination de la CEMAC à écrire collectivement son propre destin économique et financier. »

En tout état de cause, la création du FEFAC devrait selon la BEAC marquer une étape décisive vers plus d’efficacité collective et de visibilité pour l’Afrique centrale. Reste à mesurer l’adhésion des parties prenantes et la capacité à transformer cette ambition en réalité opérationnelle durable.