WEBINAIRE | COMPTE RENDU : Le Cabinet Droit Médias Finance a organisé une réflexion autour des contrats de travail et la Convention Collective Nationale des Banques et Établissements Financiers du Cameroun


L’évènement tenu en date du 21 mai 2025 entre 12h00 – 14h00 s’est tenu dans le cadre des Apéros du Droit des Affaires.

Intervenants

Quatre experts étaient initialement annoncés : Patrick NOUNGA, administrateur du Travail et de la Prévoyance Sociale (ENAM) ; Willy ZOGO, expert en droit des marchés financiers ; Marie ABESSOLO, spécialiste de la convention collective bancaire ; et le Dr Rostand TSOMEVOU, expert en droit des assurances.

Seuls Patrick NOUNGA et Willy ZOGO ont finalement participé à l’animation du webinaire. Marie ABESSOLO et le Dr TSOMEVOU étaient absents et excusés. Malgré cette absence, les deux intervenants présents ont couvert l’intégralité du programme en adaptant les séquences prévues pour leurs collègues.

Public et format

Une quarantaine de participants ont assisté à la session. Il s’agissait principalement de directeurs des ressources humaines, de juristes d’entreprise, de responsables administratifs, de managers, de responsables conformité, ainsi que de dirigeants de banques, d’établissements financiers, de sociétés de bourse et de sociétés de gestion. Le format du webinaire alternait entre exposés théoriques, illustrations pratiques et échanges avec l’auditoire via le tchat et des questions orales.

Déroulement et contenu des interventions

Introduction par Willy ZOGO

Willy ZOGO a ouvert la session en rappelant les objectifs principaux : maîtriser les fondamentaux du contrat de travail dans le secteur financier, comprendre l’articulation entre le Code du travail, la convention collective bancaire et la régulation financière (COSUMAF), et disposer d’outils pratiques pour sécuriser la gestion des ressources humaines tout en réduisant les contentieux. Il a souligné l’actualité du sujet, marquée par une multiplication des litiges relatifs aux classifications, aux périodes d’essai et aux ruptures de contrat dans les banques et sociétés de gestion.

Première partie – Fondamentaux du contrat de travail (Patrick NOUNGA)

Patrick NOUNGA a développé la définition du contrat de travail à partir des articles 1er et 23 du Code du travail : prestation de travail, rémunération et lien de subordination. Il a insisté sur le fait que l’intitulé du document (« consultation », « prestation de service ») ne fait pas obstacle à une éventuelle requalification si les trois éléments sont réunis.

Il a ensuite présenté les différents types de contrats. Le contrat à durée indéterminée (CDI) est le contrat de droit commun, dont la rupture est encadrée (préavis, motif légitime). Le contrat à durée déterminée (CDD) obéit à des règles strictes : durée maximale de deux ans, renouvellement unique pour un travailleur camerounais, et obligation d’un écrit au-delà de trois mois (article 27). Il a mis en garde contre l’utilisation abusive du CDD pour des postes permanents tels que la caisse, le crédit, la conformité ou le back-office. Quant à la période d’essai, elle doit être écrite, d’une durée maximale de six mois (huit mois pour les cadres), renouvellement compris.

  1. NOUNGA a ensuite détaillé les clauses essentielles à sécuriser dans tout contrat. L’identification précise des parties, la mention de la convention collective applicable et le lieu de travail sont indispensables. La fonction et la classification professionnelle (catégorie et échelon) constituent un point clé pour déterminer le salaire minimum conventionnel et éviter les rappels de salaire. La rémunération doit être détaillée (salaire de base, primes, avantages). La confidentialité renforcée (données clients, opérations, procédures internes) est particulièrement importante dans le secteur financier. La clause de mobilité doit être encadrée et ne pas bouleverser la vie personnelle du salarié sans son consentement. Enfin, la clause de non-concurrence doit rester exceptionnelle, limitée à un rayon de 50 kilomètres et à une durée maximale d’un an après rupture (article 31).

Concernant la convention collective bancaire, Patrick NOUNGA a rappelé qu’elle prime sur le contrat individuel dès lors qu’elle est plus favorable. Il a recommandé de toujours vérifier, avant toute embauche, la catégorie professionnelle, l’échelon, la grille salariale et les primes prévues par la convention.

En matière de prévention des contentieux, il a évoqué plusieurs points : le règlement intérieur doit être soumis au visa de l’inspecteur du travail ; les amendes infligées par l’employeur sont interdites ; la mise à pied disciplinaire est limitée à huit jours ouvrables et doit être notifiée par écrit ; la modification des éléments essentiels du contrat (rémunération, qualification, lieu de travail) ne peut intervenir sans l’accord du salarié.

Un cas pratique a été présenté : celui d’un chargé de clientèle recruté en CDD sans classification, dont le contrat a été renouvelé puis la relation s’est poursuivie. M. NOUNGA a expliqué que l’absence de classification expose l’employeur à un rappel de salaire et que la poursuite du travail après le renouvellement autorisé entraîne une requalification automatique en CDI.

Deuxième partie – Spécificités du marché financier et de la COSUMAF (Willy ZOGO)

Willy ZOGO a présenté les particularités des contrats de travail dans les entités régulées par la COSUMAF (sociétés de bourse, sociétés de gestion, PSAN, OPCVM, FCPE).

Il a d’abord expliqué le régime de l’habilitation COSUMAF : certains postes sensibles (contrôleur interne, négociateur, analyste, responsable back-office) sont soumis à agrément ou à une carte professionnelle (articles 12 à 14 du règlement général COSUMAF). La perte d’habilitation rend le reclassement quasi impossible et justifie un licenciement.

Le secret professionnel est renforcé dans le secteur financier : une clause obligatoire doit figurer dans les contrats, conformément à l’article 30 de la convention bancaire et au Code financier. Sa violation est passible de sanctions pénales et disciplinaires. Les incompatibilités prévues à l’article 172 du règlement général doivent être insérées dans le règlement intérieur.

Dr ZOGO a également traité des Fonds Communs de Placement d’Entreprise (FCPE). Ces fonds sont réservés aux seuls salariés de l’entreprise, ce qui établit un lien direct avec le contrat de travail. Le FCPE n’ayant pas de personnalité morale, l’employeur reste la société de gestion agréée. Pour les FCPE étrangers (CEMAC), la présence d’un correspondant local agréé est obligatoire.

Les sanctions prononcées par la COSUMAF peuvent aller de l’avertissement à la suspension de la carte professionnelle, voire à la révocation. La révocation entraîne une perte d’agrément, laquelle constitue un motif réel et sérieux de licenciement, à condition que l’employeur ait tenté au préalable un reclassement.

Une comparaison avec la France (convention collective nationale 1505) a été esquissée : la CEMAC progresse sur les questions d’habilitation et de sanctions, mais reste en retard sur le télétravail, le compte personnel de formation et l’égalité professionnelle.

Enfin, Willy ZOGO a évoqué les évolutions récentes et à venir : le règlement n°04/25 sur l’inscription en compte des titres (2025), le renforcement des sanctions disciplinaires (2026), la création du Dépositaire Central Unique (DCU), la tokenisation et les crypto-actifs. Il a conseillé d’anticiper ces évolutions dans les contrats de travail, notamment par des clauses de suspension et l’obligation de formation continue.

 

Échanges et Synthèse avec les participants

Plusieurs questions ont été posées par l’auditoire, et les intervenants y ont répondu. En conclusion de leurs interventions, Patrick NOUNGA et Willy ZOGO ont listé plusieurs bonnes pratiques à mettre en œuvre. En tout état de cause, Patrick NOUNGA a conclu le webinaire en rappelant la phrase clé de la session : « En droit du travail, le contrat fixe la relation individuelle ; la convention collective protège l’équilibre collectif ; la conformité RH prévient le contentieux. » Les participants ont été invités à remplir un formulaire d’évaluation et à adresser d’éventuelles questions complémentaires par courriel. Le support de présentation a été mis à disposition en téléchargement.

Absence des intervenants : Bien que les interventions de Marie ABESSOLO (convention collective bancaire) et du Dr Rostand TSOMEVOU (assurances) aient été annoncées, leur absence n’a pas nui à la qualité des échanges. Patrick NOUNGA a couvert les aspects généraux de la convention collective, et Willy ZOGO a traité les spécificités du marché financier. Un webinaire dédié au secteur des assurances et à la Convention Collective Nationale des Assurances (CCNA) est envisagé ultérieurement.

Date du compte rendu : 26 mai 2025