D'entrée de jeu, sur le marché financier de l'UEMOA, il faut dire qu'un Fonds Commun de Titrisation de Créances (FCTC) est un véhicule de droit communautaire sans personnalité morale, géré par une société de gestion agréée comme BOAD Titrisation ou FK Titrisation. Ce fonds achète des créances (prêts bancaires, factures, etc.) auprès d’une société cédante telle que SENELEC, NSIA Banque CI, la Banque Agricole ou l’État, puis émet des obligations adossées à ces actifs. Les actifs sous-jacents restent dans le bilan du FCTC, isolés du risque de l’originateur.
Premières cotations et principales tranches d’ingénierie financière
Dans la structuration des FCTC observés dans ce papier, on distingue la tranche senior, qui offre une rémunération de 7 à 8,15 % avec un risque plus faible car elle est protégée par la tranche mezzanine. À titre d’exemple, on peut citer le senior de SENELEC à 8,15 % ou celui de NSIA Banque CI à 7,50 %. La tranche mezzanine quant à elle propose un taux plus élevé de 9 à 10 %, mais présente donc logiquement un risque plus important car elle absorbe les premières pertes, comme avec l’emprunt mezzanine de SENELEC à 10 % ou celui de Croissance Agricole à 9 %.
On se penche particulièrement sur les premières cotations suivantes :
- Le 23 avril 2026, le FCTC EPT (État) a coté ses tranches à 7,50 %, 8 % et 8,50 % sous les symboles FEPTC.O4 à O6, avec un cours de référence et un premier cours à 10 000 FCFA.
- Le 28 avril 2026, le FCTC NSIA Banque CI 7,50 % (symbole FNSBC.O3) a également coté au pair à 10 000 FCFA.
- Le 29 avril 2026, l’opération Zaka RMBS de NSIA Banque CI, avec des taux de 7 % et 9 % (symboles FNSBC.O4 et O5), a vu son premier cours chuter à 9 565 FCFA malgré un cours de référence fixé à 10 000 FCFA.
- Le 5 mai 2026, le FCTC Croissance Agricole (taux de 8 % et 9 %, symboles FCAGS.O1 et O2) a fixé son cours de référence à 9 286 FCFA, le premier cours restant à déterminer.
- Le 6 mai 2026, l’opération SENELEC (8,15 % et 10 %, symboles FSNLC.O1 et O2) a retenu un cours de référence de 10 000 FCFA, avec un premier cours également à déterminer.
Comprendre ces Fonds Communs de Titrisation
Le premier FCTC à expliquer ici est le FCTC SENELEC 2025-2030. Il a été mis en place par la société sénégalaise d’électricité SENELEC, conjointement avec la société de gestion BOAD Titrisation. Ce compartiment vise à refinancer des créances liées aux investissements de SENELEC dans les énergies renouvelables (solaire, éolien, hydraulique) et l’efficacité énergétique. L’opération comporte deux tranches : une tranche senior à 8,15 % et une tranche mezzanine à 10,00 %. La diffusion des titres au prix de 10 000 FCFA par obligation a eu lieu du 29 septembre au 5 novembre 2025. À l’issue de la souscription, 8 300 000 obligations senior et 2 500 000 obligations mezzanine ont été placées pour un montant total de 108 milliards FCFA. La date de jouissance est le 12 novembre 2025. La première cotation est prévue le 6 mai 2026 avec un cours de référence de 10 000 FCFA, selon la procédure ordinaire où le premier cours sera déterminé par la confrontation des ordres. Les symboles retenus sont FSNLC.O1 pour le senior et FSNLC.O2 pour la mezzanine. Les SGI responsables sont IMPAXIS SECURITIES et CGF BOURSE.
Le deuxième FCTC est le FCTC CROISSANCE AGRICOLE. Il a été établi par la Banque Agricole du Sénégal, en partenariat avec la société de gestion FK TITRISATION. L’objectif est de refinancer une partie du portefeuille de créances agricoles de la banque afin de financer des PME/PMI actives sur toute la chaîne de valeur agricole (intrants, production, équipements, transformation, distribution). L’opération comprend deux tranches : l’une à 8 % et l’autre à 9 %. La diffusion au prix de 10 000 FCFA par obligation s’est déroulée du 28 août au 26 septembre 2025. 6 000 000 obligations à 8 % et 2 000 000 obligations à 9 % ont été souscrites, soit un montant total de 80 milliards FCFA. La date de jouissance est le 31 octobre 2025. La première cotation aura lieu le 5 mai 2026. Contrairement aux autres opérations, le cours de référence a été fixé par la BRVM à 9 286 FCFA, soit en dessous du pair. Le premier cours sera déterminé à l’issue de la confrontation des ordres. Les symboles sont FCAGS.O1 (8 %) et FCAGS.O2 (9 %). La SGI responsable est INVICTUS CAPITAL & FINANCE.
Le troisième FCTC est le FCTC EPT, qui se décline en trois emprunts obligataires adossés à des créances sur l’État ou des collectivités. Les trois tranches sont à 7,50 %, 8,00 % et 8,50 %, avec des maturités allant jusqu’en 2040. Leurs symboles respectifs sont FEPTC.O4, FEPTC.O5 et FEPTC.O6. La première cotation a eu lieu le 23 avril 2026. Dès le premier jour, chaque obligation a coté à 10 000 FCFA, c’est-à-dire au pair. Seulement 500 titres de la tranche à 7,50 % ont été échangés, pour une valeur totale de 5 000 000 FCFA. Au total, 2 500 000 obligations à 7,50 %, 1 500 000 obligations à 8 % et 2 000 000 obligations à 8,50 % ont été admises, représentant une capitalisation boursière globale de 60 milliards FCFA.
Le quatrième FCTC est le FCTC NSIA BANQUE CI 7,50 % 2025-2030. Il s’agit d’une opération de titrisation menée par NSIA Banque Côte d’Ivoire. Une seule tranche senior a été émise, au taux de 7,50 %. La première cotation a eu lieu le 28 avril 2026 sous le symbole FNSBC.O3. Dès le premier jour, l’obligation a coté à 10 000 FCFA, soit le pair. Un volume de 750 titres a été échangé, représentant une valeur totale de 7 500 000 FCFA. Au total, 2 900 000 obligations ont été admises, pour une capitalisation boursière de 29 milliards FCFA.
Le cinquième FCTC est le FCTC ZAKA RMBS NSIA BANQUE CI. Il s’agit également d’une opération de NSIA Banque CI mais adossée cette fois à un portefeuille de créances hypothécaires, d’où la mention RMBS (Residential Mortgage-Backed Securities). Deux tranches ont été émises : l’une à 7,00 % et l’autre à 9,00 %, avec des symboles FNSBC.O4 et FNSBC.O5. La première cotation a eu lieu le 29 avril 2026. Contrairement au FCTC NSIA simple, celui-ci a subi une décote importante : les obligations ont coté à 9 565 FCFA dès le premier jour, soit une baisse de 4,35 % par rapport au pair de 10 000 FCFA. Les volumes échangés étaient très faibles : 100 titres de la tranche 7 % et 45 titres de la tranche 9 %, pour une valeur totale de 1 386 925 FCFA. Au total, 725 000 obligations à 7 % et 200 000 obligations à 9 % ont été admises, soit une capitalisation boursière totale de 9,25 milliards FCFA.
En tout état de cause, les FCTC de l’UEMOA offrant des rendements de 7 à 10 % réussissent leur première cotation technique. Cependant, les écarts observés (10 000 FCFA pour EPT et NSIA senior, 9 565 FCFA pour Zaka RMBS, 9 286 FCFA comme cours de référence pour Croissance Agricole) révèlent plusieurs tendances de fond. On note une préférence marquée pour le risque senior garanti par l’État ou une banque de premier rang. Il existe également une défiance mesurée à l’égard de la mezzanine adossée à des créances hétérogènes. Enfin, ces résultats montrent un besoin clair de renforcer la transparence sur les pools de créances sous-jacents.
Pour ainsi dire, la titrisation reste un outil puissant pour refinancer l’économie dans les secteurs de l’énergie, de l’agriculture et du logement, mais son développement passe impérativement par une éducation du marché sur le risque de tranche.