Selon la CB UMOA, s’agissant des établissements de monnaie électronique, son rapport indique qu’à fin décembre 2025, l’UMOA compte 18 EME agréés, contre 14 un an plus tôt. Cette progression résulte de l’octroi de nouveaux agréments à Djogana Pay en Côte d’Ivoire, QuickPay SA et TouchPoint Financial Services au Sénégal, ainsi qu’à Tmoney au Togo.
Par ailleurs, 59 banques en partenariat avec des opérateurs de télécommunication ou prestataires techniques, une institution de microfinance et quatre Trésors publics nationaux (Bénin, Burkina Faso, Côte d’Ivoire, Togo) offrent également des services de monnaie électronique. En 2025, le chiffre d’affaires du secteur a progressé de 12,0 % pour atteindre 323,2 milliards de francs CFA, tandis que l’encours de la monnaie électronique a bondi de 35,2 %, passant de 1 422,6 à 1 923,2 milliards de francs CFA.
Dans un autre sens, le nombre de comptes ouverts s’établit à 172,9 millions, en hausse de 11,9 %, dont 60,6 millions de comptes actifs, soit une progression de 12,0 %. Le volume des transactions a augmenté de 14,5 % pour atteindre 11,8 milliards d’opérations, tandis que leur valeur a grimpé de 31,4 % pour s’établir à 164 169,1 milliards de francs CFA. Par ailleurs, le réseau de distribution des EME s’est élargi de 32 % pour atteindre 1,83 million de points de services, dont 944 397 actifs.
16 milliards de rentabilité
En matière de rentabilité, il ressort que les EME ont enregistré un résultat net provisoire bénéficiaire de 16,9 milliards de francs CFA en 2025, après 6,1 milliards en 2024, marquant une nette amélioration par rapport aux pertes des années précédentes. Toutes les places affichent un résultat excédentaire à fin décembre 2025, à l’exception de la Côte d’Ivoire et du Sénégal. Sur le plan prudentiel, les ratios sont globalement respectés : le ratio de couverture, dont la norme minimale est fixée à 3 %, s’est établi à 6,5 % et est respecté par 16 EME sur 17 ; le ratio d’équivalence, qui doit être au moins de 100 %, ressort à 100,8 % et est respecté par 14 EME sur 17 ; enfin, le ratio de placement, plafonné à 25 %, s’affiche à 18,1 % et est respecté par 16 EME sur 17.
Les opérations de rechargement et de retrait en cash ainsi que les transferts de personne à personne demeurent prépondérantes, concentrant 71,2 % de la valeur totale des transactions en monnaie électronique en 2025, avec une progression notable des transferts intra-UEMOA, qui passent de 2,1 % à 10,1 % du volume total.
S’agissant de l’évolution des services financiers numériques, la croissance du nombre de comptes de monnaie électronique et de la valeur des transactions illustre une amélioration significative de l’inclusion financière numérique dans l’Union. L’année 2025 a également été marquée par le lancement opérationnel du Système de Paiement instantané interopérable (PI-SPI), une infrastructure qui permet des transferts de fonds en temps réel, à moindres coûts, entre banques, institutions de microfinance et opérateurs de mobile money de la sous-région. Cette avancée majeure favorise l’interopérabilité des systèmes de paiement et renforce l’intégration financière régionale.
IA et Innovations
Enfin, le rapport souligne que l’intelligence artificielle révolutionne le secteur bancaire en rendant les services plus rapides, sécurisés et personnalisés. Selon la CB, elle permet notamment l’analyse des comportements des clients en temps réel, contribuant à la détection des transactions suspectes et à la prévention contre le blanchiment de capitaux.
Pour l’Autorité de supervision donc, l’intégration progressive de l’IA est essentielle pour faire face à la complexification des services financiers numériques, anticiper les risques systémiques émergents et renforcer l’efficacité, la réactivité et la transparence de la supervision. Les solutions SupTech sont conçues pour traiter d’importantes quantités de données de manière optimisée et identifier rapidement les risques et les situations de non-conformité.
Cependant, l’adoption de l’IA présente des défis tels que les risques de discrimination liés à des données biaisées, les questions de responsabilité et de protection des données personnelles, les vulnérabilités en termes de cyber-attaques générées par l’automatisation accrue, ainsi que la concentration de l’offre de solutions spécialisées autour d’un nombre restreint d’acteurs, ce qui constitue une menace de portée potentiellement systémique. La nécessité d’investissements en compétences et d’un cadre réglementaire adapté s’impose pour garantir un usage éthique, inclusif et sécurisé de ces technologies.
En définitive, le rapport annuel 2025 de la Commission Bancaire de l’UMOA témoigne de la montée en puissance des services financiers numériques dans l’Union, portée par la croissance des établissements de monnaie électronique, le déploiement de l’interopérabilité des paiements et l’émergence des FinTech. Cette dynamique s’accompagne toutefois de défis majeurs pour le superviseur : adaptation du cadre réglementaire, renforcement de la cybersécurité, maîtrise des risques liés à l’intelligence artificielle et protection des consommateurs. La Commission Bancaire affiche sa volonté d’intégrer ces innovations tout en maintenant un haut niveau d’exigence prudentielle.