Cette rencontre a réuni 53 intervenants uniques pour 744 prises de parole et cela généré près de 15 heures d’échanges et plus de 141 000 mots de débats, illustrant une mobilisation sans précédent et des travaux articulés autour de trois grands axes à savoir la régulation et l’équilibre avec l’innovation, l’accès à la connaissance et la diversité linguistique, et enfin les infrastructures durables et souveraines.
Sur la régulation et innovation ou comment trouver l’équilibre
La session plénière d’ouverture (Quel équilibre entre réglementation et innovation ?) a enregistré la plus longue durée de débat comme pour souligner la complexité du sujet. Par ailleurs, les ateliers en parallèle (Pourquoi réguler ?, Comment réguler ?, À quelle échelle réguler ? et Quelle régulation pour encourager l’innovation ?) ont permis d’affiner les positions. Et il ressort que comme consensus, les intervenants (Henri Verdier, Lena Dargham, Lacina Konaté) ont rejeté l’opposition binaire entre régulation et innovation. Une régulation bien conçue, adossée à des normes, renforce la confiance et soutient l’innovation durable. Dans les échelles , les débats ont clarifié l’articulation entre niveaux national, régional et international. Ainsi, si la convention du Conseil de l’Europe offre un socle flexible adaptable aux droits nationaux, la dimension francophone a été jugée indispensable pour défendre une gouvernance inclusive et respectueuse des diversités culturelles, il n'en reste pas moins que pour le parlementaire, Laurent Werly, il faut une « voie équilibrée » en évitant une régulation rigide ou fragmentée, tandis que Colonna Dissra a présenté un instrument international ouvert, basé sur les risques et des outils d’évaluation comme la plateforme Huderia.
Accès à la connaissance et diversité linguistique
Cet axe a occupé les sessions de l’après-midi (Comment l’IA modifie l’accès à la connaissance ?, suivis des ateliers sur les mécanismes de restriction, la diversité dans les données d’entraînement, les outils multilingues et la numérisation des contenus inexploités). D'une part, il est ressorti un risque civilisationnel selon Amandeep Singh Gill qui a alerté sur le fait que l’IA est entraînée sur une portion limitée de l’expérience humaine, marginalisant de nombreuses langues. Comme solutions, Anne-Marie Jean a illustré la réponse politique avec la loi 109 du Québec, qui ne régule pas le contenu mais ses conditions de découvrabilité. Pour sa part, Henri Verdier a souligné que la domination des données anglophones affecte non seulement l’accès au savoir, mais aussi les valeurs implicites intégrées par les modèles. Pour l'Afrique, Lacina Konaté a rappelé que le défi central pour l’Afrique est de bâtir une gouvernance proactive des données, des infrastructures et des capacités de calcul, dans une logique de transformation centrée sur les citoyens.
Infrastructures durables et souveraineté territoriale
Les ateliers de fin de journée ont abordé les aspects techniques et locaux (Infrastructures durables au-delà des évolutions technologiques, Empreinte environnementale, Souveraineté infrastructurelle, et Territoires et IA). Pour les Territoires, les retours d’expérience d’Agadir, présenté comme un « laboratoire vivant » (réutilisation des eaux usées, superviseurs urbains), et les cas d’Arras et Rennes (consultations citoyennes) ont montré que les villes francophones passent à l’acte via des projets concrets. Céline Colucci a défendu une vision de l’IA comme politique publique, avec mutualisation entre intercommunalités et choix d’outils souverains. Sur la souveraineté, la conclusion de cette session a été marquée par la signature d’un partenariat stratégique entre l’AFNIC et Smart Africa, visant à renforcer l’infrastructure DNS, les compétences et la souveraineté numérique sur le continent africain.
Analyse des dynamiques d’échanges
Les données analytiques de l'ensemble de l'évènement révèlent une forte densité d’échanges en creux desquels le terme le plus utilisé a été « AI » (282 occurrences), suivi de « internet » (192), confirmant la focalisation des discussions sur les enjeux stratégiques majeurs. Pour ce qui est des conclusions et perspectives, le Forum a dégagé plusieurs priorités pour l’espace francophone consistant à (1) nourrir les systèmes d’IA en contenus francophones pour contrebalancer l’hégémonie linguistique, (2) mutualiser les forces face aux GAFAM, via des alliances territoriales et interétatiques, (3) articuler les échelles, du local (villes, régions) au global (ONU, Conseil de l’Europe), avec un rôle clé pour la diplomatie des villes et à (4) Investir massivement dans la formation des citoyens et des décideurs pour que les cadres réglementaires soient effectivement applicables.
Les rapports sont disponibles : Forum francophone de la gouvernance du numérique et de l'IA | Digital Watch Observatory