Cette position est prise dans un contexte marquée par "la démocratisation du mobile money qui s’impose comme le moteur principal de la transformation des paiements dans la CEMAC. En 2024, plus de 51 millions de comptes de paiement étaient ouverts (+ 28 %), avec 3,74 milliards de transactions (+ 6,42 %) pour une valeur totale de 31 788 milliards de Francs CFA. Le nombre de points de service a dépassé les 634 000, traduisant une densification du réseau de distribution. Cependant, cette croissance doit être interprétée avec prudence. La dissociation entre numéro de téléphone et opérateur, la possibilité d’ouvrir plusieurs comptes par utilisateur, et la réalisation de certaines opérations par des personnes non inscrites complexifient l’évaluation du taux réel de bancarisation. Le taux d’activité des comptes a d’ailleurs reculé en 2024 (- 17,30 %), malgré une hausse du nombre d’utilisateurs actifs" peut-on lire dans le rapport.
Recommandations pour tout l’écosystème
Il ressort de ce rapport qu'au regard des tendances observées, plusieurs axes d’intervention peuvent être envisagés pour consolider les acquis et accélérer la transformation. La BEAC exhorte la sous région à • renforcer la fiabilité des données : harmoniser les méthodes de comptabilisation des comptes et des utilisateurs pour mieux évaluer l’inclusion financière réelle ; • encourager l’usage actif des comptes : développer des services à valeur ajoutée, incitations ciblées et parcours clients simplifiés ; • favoriser l’interopérabilité régionale : poursuivre l’intégration des plateformes et l’ouverture à de nouveaux acteurs ; • accompagner la transition vers les paiements scripturaux : tout en maintenant l’accessibilité, renforcer la sécurité et la confiance dans les instruments électroniques ; • réduire les disparités entre États membres : par des politiques d’appui technique, de régulation harmonisée et de partage d’expérience.
A cela la BEAC ajoute aussi la nécessité de développer des produits de crédit adaptés : soutenir les modèles hybrides associant intelligence artificielle, scoring alternatif et distribution mobile. Cela implique de transformer le crédit en un service instantané et inclusif en remplaçant les garanties physiques par des garanties numériques. En un mot, grâce au scoring alternatif, l'intelligence artificielle analyse le comportement de l'utilisateur (paiements de factures, usage du mobile) pour valider sa fiabilité sans exiger de fiche de paie. Dans le même temps, la distribution mobile élimine les barrières géographiques et administratives, permettant de livrer des fonds en quelques secondes. Enfin, le modèle hybride sécurise le processus en mariant l'agilité technologique des Fintechs à la solidité financière des banques, offrant ainsi des solutions sur mesure aux populations auparavant exclues du système bancaire.
Au plan juridique
La BEAC fait constater qu'en application du Règlement N°04/18/CEMAC/ UMAC/COBAC du 21 décembre 2018, relatif aux services de paiement dans la CEMAC, les prestataires de service de paiement de la CEMAC ont demandé des accords pour la fourniture de nouvelles offres de services en faveur des populations. A cet effet, il a été délivré par la BEAC neuf (09) autorisations préalables et deux (02) informations préalables.
Pailleurs, des réunions sur la taxation des services de paiement mobiles ont permis à la BEAC de mené des concertations sur la problématique de la fiscalité des services financiers mobiles. Pour eux, il s’agissait de mieux accompagner les Etats dans leur politique fiscale afin que celles-ci soient efficaces pour la mobilisation des ressources des Etats, sans être handicapante pour l’écosystème des paiements dans la CEMAC.
Dans la foulée, le Gouverneur de la BEAC a aussi signé l’Instruction N° 001/GR/2024 du 22 janvier 2024 relative aux normes techniques des instruments électroniques de paiement. Ce texte défi ni les modalités d’authentification des transactions de paiement, de traitement des réclamations et notifications, le tableau de bord de l’activité, la sécurité de la plateforme, l’archivage des documents et la sauvegarde des données. De plus, il se remarque aussi, l’adoption, le 13 décembre 2024, par la Commission Bancaire, du règlement COBAC R-2024/01 relatif à la gestion du risque informatique dans les établissements assujettis à la COBAC. Ce texte, traite également des risques des plateformes utilisés dans la fourniture des services de paiement.