UEMOA : Une mise garde de l'Autorité des Marchés Financiers (AMF) contre les appels publics à l'épargne étrangers, le cas de l'IPO de Dangoté interpelle


Par DMF | 


Fait à Abidjan, le lundi 28 septembre 2026, le communiqué du régulateur porte sur les souscription à des offres publiques de vente hors du territoire de l'Union Économique et Monétaire Ouest Africaine (UEMOA). Cette alarme est tirée en pleine opération de commercialisation de l'opération "Initial Public Offering (IPO) of Dangote Petroleum Refinery and Petrochemicals FZE". On ne peut résister à faire le lien.

Le texte est clair : "L'Autorité des Marchés Financiers de l'Union Monétaire Ouest Africaine (AMF-UMOA) attire l'attention du public et des investisseurs sur les conditions applicables à la souscription, par les résidents de l'Union, à des offres publiques portant sur des valeurs mobilières émises hors de l'espace UEMOA et mises en vente également dans l'espace UEMOA."

MANQUE D'AUTORISATION PREALABLE

En clair, l'AMF-UMOA rappelle que, conformément aux dispositions du Règlement n°06/2024/CM/UEMOA du 20 décembre 2024 relatif aux relations financières extérieures des États membres de l'UEMOA, toute opération d'investissement à l'étranger réalisée par un résident de l'Union est soumise aux formalités et autorisations prévues par la réglementation en vigueur. 

Il est ajouté que "l'AMF-UMOA invite le public et les investisseurs à faire preuve de vigilance et à veiller au strict respect de la réglementation en vigueur avant toute souscription à une opération financière réalisée hors de l'UEMOA. Ils sont notamment invités à s'assurer de la régularité de l'opération, du statut des intermédiaires qui la proposent ainsi que de l'accomplissement des formalités et de l'obtention des autorisations requises, tant au regard de la réglementation de l'UEMOA que de celle applicable sur le marché concerné."

Pour ce qui est du cadre de la règlementation des changes, à côté de l'absence de visa de l'AMF UMOA, il ressort que : "le Règlement n°06/2024/CM/UEMOA du 20 décembre 2024, entré en vigueur en juillet 2025 en remplacement du règlement n°09/2010/CM/UEMOA, constitue le nouveau cadre juridique des relations financières extérieures des États membres de l'UEMOA. Il redéfinit la notion de résident (désormais basée sur le centre d'intérêt prédominant, excluant le Nigéria, la CEMAC, les Comores ou la France) et classant les opérations en deux catégories soit les opérations courantes, librement exécutées sous réserve de passer par un intermédiaire agréé, de justifier les transactions et de rapatrier les recettes d'exportation (avec une domiciliation élargie aux services), soit les opérations en capital, soumises à des régimes spécifiques. S'agissant des flux sortants, les investissements à l'étranger nécessitent une autorisation préalable du Ministre des Finances, un financement à hauteur de 75% au moins par des ressources étrangères et une domiciliation (seuil de 20 millions FCFA), sauf pour l'achat de valeurs mobilières étrangères autorisées par l'AMF-UMOA qui en sont dispensés ; à l'inverse, les investissements directs étrangers dans l'UEMOA sont libres et les emprunts à l'étranger des résidents ne requièrent qu'une simple déclaration statistique. Enfin, l'ouverture de comptes bancaires pour les non-résidents est soumise à l'approbation préalable de la BCEAO (sauf pour les ressortissants de l'UEMOA en FCFA), tandis que l'ouverture de comptes en devises à l'étranger par des résidents nécessite l'autorisation du Ministre après avis de la BCEAO. En synthèse, ce règlement modernise le dispositif en centralisant les règles et en renforçant le contrôle des flux sortants, tout en préservant la libre circulation pour les opérations courantes et les investissements directs entrants."

RISQUE DE SANCTIONS

Etant entendu que, conformément à la réglementation du Marché Financier Régional, la mise en vente de valeurs mobilières étrangères dans les États membres de l'UEMOA est soumise à son autorisation préalable., le régulateur tenu de la protection de l'épargne investie et la préservation de l'intégrité du Marché Financier Régional, rappelle par conséquent, que "tout manquement aux exigences réglementaires est susceptible d'exposer son auteur aux sanctions prévues par la réglementation en vigueur."

En rappel, cette mise en garde intervient alors même que la Dangote Petroleum Refinery and Petrochemicals FZE (DPRP, pour Raffinerie de Pétrole et de Produits Pétrochimiques Dangote, une Free Zone Enterprise - FZE, soit Entreprise de Zone Franche) est en cours d'introduction en bourse (IPO, pour Initial Public Offering) sous la forme d'une offre publique de souscription portant sur 4 100 000 000 d'actions ordinaires d'une valeur nominale de 0,000013 USD (United States Dollar, soit environ 0,008 FCFA) chacune, proposées au prix unitaire de 525,00 NGN (Naira Nigérian, soit environ 210 FCFA), ce qui représente un produit brut de 2 152 500 000 000 NGN (soit environ 861 000 000 000 FCFA) (pour un produit net estimé à 2 111 007 217 311,09 NGN, soit environ 844 402 886 924,44 FCFA, après déduction des frais), l'offre étant ouverte du 14 septembre au 13 octobre 2026.

Cette opération, qui vise à financer l'expansion de la capacité de raffinage, est conforme à l'Investments and Securities Act (ISA, Loi sur les Investissements et les Valeurs Mobilières) de 2025, aux règles de la Securities and Exchange Commission (SEC, Commission des Valeurs Mobilières et des Changes du Nigéria) et du Nigerian Exchange Group (NGX, Groupe de la Bourse du Nigéria), et a obtenu l'approbation de la SEC, de l'Oil and Gas Free Zones Authority (OGFZA, Autorité des Zones Franches Pétrolières et Gazières) ainsi qu'une certification de conformité Shariah (émise par Buraq Capital Limited et le Financial Regulation Advisory Council of Experts - FRACE, Conseil Consultatif d'Experts en Réglementation Financière).

Par ailleurs, la commercialisation est assurée par un large consortium dirigé par Vetiva Advisory Services Limited (Lead Issuing House ou Maison d'Émission Chef de File) et composé de nombreuses Joint Issuing Houses (Maisons d'Émission Conjointes comme Stanbic IBTC, Chapel Hill Denham, Absa, etc.), de banques de réception (Access Bank, First Bank, etc.) et de canaux de distribution électroniques (NGX Invest Portal, applications bancaires et fintechs). De plus, sur le plan international, bien que l'offre soit principalement destinée au marché nigérian, les investisseurs africains éligibles peuvent y participer via des canaux de distribution dédiés (Ecobank, SBG Securities) ; l'offre est soumise à des restrictions strictes de vente aux États-Unis (Regulation S, ou Règlement S), au Royaume-Uni, dans l'Espace économique européen (réservée aux investisseurs qualifiés), au Canada, en Australie et au Japon, et si les actions sont libellées en dollars américains, leur négociation et leur règlement sur le NGX s'effectueront en Naira.