SENEGAL : Bloomfield Investment Corporation dégrade la perspective de « Stable » à « Négative » et place la note BBB+ sous surveillance


Par la Rédaction |


L’agence de notation Bloomfield Investment Corporation a annoncé le 26 mai 2026 la révision de la perspective associée à la notation souveraine du Sénégal, désormais « Négative » contre « Stable » auparavant. La note BBB+ est maintenue mais placée sous surveillance. En cause, la détérioration de l’environnement politique et institutionnel, marquée par la révélation du Premier ministre et les tensions politiques qui en ont découlé.

Président Bassirou Diomaye Diakhar Faye

Par un communiqué publié depuis Abidjan, Bloomfield annonce donc le passage de la perspective de la notation souveraine du Sénégal de « Stable » à « Négative ». La note proprement dite, BBB+, reste inchangée pour l’instant, mais elle est désormais placée sous surveillance étroite. Cette décision intervient dans un contexte politique très dégradé. L’agence pointe explicitement la révocation du Premier ministre par le Président de la République, un événement qui a provoqué une montée significative des tensions politiques et institutionnelles.

Pour Bloomfield, l’élection de l’ex-Premier ministre à la présidence de l’Assemblée nationale pourrait accroître les risques de paralysie du fonctionnement des institutions, affectant ainsi la continuité des politiques publiques et la coordination économique et budgétaire de l’État.

UN CONTEXTE MACROÉCONOMIQUE DÉJÀ FRAGILISÉ

Alors que cette crise politique survient dans un environnement macroéconomique déjà sous tension, l’agence rappelle que le Sénégal fait face à de fortes contraintes de liquidité ; une pression accrue sur les finances publiques ; des besoins importants de refinancement, tant sur le marché domestique qu’international. En conséquence, les risques pesant sur la capacité de l’État à honorer ses engagements financiers dans les délais se sont significativement renforcés. Bloomfield n’exclut même pas, à court ou moyen terme, l’éventualité de tensions accrues sur le service de la dette souveraine, y compris sur certaines obligations locales et internationales.

 

UNE SURVEILLANCE RENFORCÉE SUR PLUSIEURS FRONTS

En tout état de cause, la mise sous surveillance étroite traduit la volonté de l’agence de suivre avec une attention particulière : l’évolution de la crise politique et institutionnelle ; la stabilité du cadre de gouvernance ; la capacité des autorités à préserver les équilibres macroéconomiques et les conditions d’accès du Sénégal aux financements domestiques et extérieurs.

Bloomfield indique clairement les scénarios qui pourraient conduire à une nouvelle révision de la notation. Il s’agit de la dégradation supplémentaire : en cas d’aggravation de l’instabilité politique, de détérioration des indicateurs budgétaires et de liquidité, ou de matérialisation de risques de défaut ; de la stabilisation : un retour à un environnement institutionnel stabilisé, accompagné de mesures crédibles de consolidation budgétaire et de restauration de la confiance des investisseurs, pourrait permettre un retour à une perspective stable.

Cette décision de Bloomfield est un signal d’alerte adressé aux investisseurs domestiques et internationaux. Le Sénégal, qui bénéficiait depuis plusieurs années d’une image de stabilité dans la zone UEMOA, voit sa prime de risque s’accroître. Les autorités sénégalaises devront rapidement rassurer les marchés sur leur capacité à gérer la crise politique sans compromettre les réformes économiques. Mais aussi sur la soutenabilité de la trajectoire budgétaire et la transparence et la prévisibilité de la gouvernance.