Sur l'action de la COBAC, sanctions disciplinaires et retraits d’agrément
En 2025, la COBAC a exercé pleinement ses pouvoirs administratif, réglementaire, de contrôle et de sanction et donc a rendu 527 décisions administratives, réparties entre 125 avis conformes, 63 autorisations préalables et 339 informations préalables, et a organisé 96 entretiens avec les établissements assujettis afin de renforcer le dialogue prudentiel. Le programme de contrôle sur place a été largement dépassé, avec 37 missions réalisées pour un programme initial de 26, soit un taux d’exécution de 142 %, notamment sous l’effet des contrôles ciblés et des enquêtes thématiques LBC/FT.
Sur le plan disciplinaire, la COBAC a prononcé 93 sanctions, dont 41 blâmes, 17 avertissements, 11 démissions d’office et 24 retraits d’agrément (selon les chiffres clés du rapport même si le corps du rapport mentionne 17 retraits d’agrément, soit près de 26 % de l’ensemble des sanctions), ce qui constitue un écart de lecture à signaler entre les deux présentations. Les retraits d’agrément ont visé aussi bien des établissements que des dirigeants et des commissaires aux comptes, et plusieurs décisions ont été assorties d’interdictions temporaires d’exercer dans le secteur supervisé pour des périodes allant de 5 à 10 ans. Ces retraits s’inscrivent dans la poursuite de l’assainissement du secteur. Le rapport indique par ailleurs que 5 procédures de liquidation ont été engagées concernant des EMF, à la suite de 3 retraits d’agrément d’office et 2 retraits d’agrément à titre disciplinaire, tandis que 14 EMF dont 4 de première catégorie et 10 de deuxième catégorie se trouvaient sous administration provisoire à fin 2025.
La COBAC a également poursuivi ses réformes structurantes incluant les axes suivants : agrément unique, supervision des Caisses de dépôts et consignations, traitement des comptes inactifs et avoirs en déshérence, relèvement du capital minimum à 25 milliards de FCFA pour les banques et 4 milliards pour les établissements financiers d’ici 2029, FOGADAC, mise à l’index des clients défaillants, lignes directrices LBC/FT et adhésion au NGFS. Au final, le bilan 2025 est celui d’un système bancaire solide et rentable, mais exposé à trois vulnérabilités majeures, la qualité des actifs encore fragile, la montée du risque souverain et la concentration des expositions, avec une microfinance très fragile et des établissements de paiement en forte croissance qui renforcent les exigences de cybersécurité, de conformité LBC/FT et de supervision technologique.
Sur le périmètre supervisé, 54 banques, 521 EMF, 8 établissements de paiement
Au 31 décembre 2025, la COBAC supervise 54 banques, contre 56 un an plus tôt, dont 6 succursales fonctionnant sous le régime communautaire de l’agrément unique ; cette baisse du nombre de banques résulte notamment de fusions-absorptions et de recompositions d’actionnariat, tandis que le nombre de succursales traduit la montée en puissance du maillage régional des groupes bancaires. La répartition du capital demeure dominée par les capitaux étrangers (31 banques), devant les capitaux publics (13) et les capitaux privés nationaux (10), ce qui confirme l’ouverture du secteur aux groupes panafricains et internationaux, mais aussi la persistance d’un noyau de banques publiques et nationales. Le périmètre inclut également 7 établissements financiers déclarants — auxquels s’ajoute 1 succursale —, 7 établissements de paiement déclarants et 8 établissements de paiement si l’on retient la mention du Président de la COBAC et les 2 avis conformes obtenus au Tchad, ainsi que 521 établissements de microfinance (EMF). Ces EMF se répartissent en 419 coopératives regroupées en 16 réseaux, 101 établissements de 2e catégorie et 1 établissement de 3e catégorie, configuration qui confirme la prédominance du modèle coopératif et mutualiste dans la microfinance régionale. Au total, le périmètre supervisé reste donc très hétérogène : quelques grandes banques et groupes transfrontaliers concentrent l’essentiel des actifs, tandis que les EMF, très nombreux, portent des enjeux d’inclusion financière mais aussi de fragilité prudentielle.
Sur l'activité des banques, solide mais exposé au risque souverain et à la qualité des actifs
Dans son rapport, la COBAC ressort que un secteur bancaire de la CEMAC affichant en 2025 une croissance soutenue de son bilan, avec un total agrégé de 27 536 milliards de FCFA, en hausse de 10,3 % sur un an. Les dépôts de la clientèle y atteignent 19 065 milliards de FCFA (+5,9 %), les crédits bruts progressent plus rapidement à 13 998 milliards de FCFA (+12,0 %), et le PNB s’établit à 1 723 milliards de FCFA (+12,5 %), pour un résultat net de 524 milliards de FCFA (+16,4 %).
La rentabilité se renforce avec le ROA qui passe à 1,9 % (+0,1 point) et le ROE à 22,62 % (+0,98 point), tandis que le coefficient net d’exploitation se dégrade légèrement à 48,1 % (+1,7 point), sous l’effet de la hausse des frais généraux. Les fonds propres nets progressent de 9,2 % à 2 062 milliards de FCFA, mais 18 banques présentent encore une insuffisance de fonds propres nets, et 7 à 8 banques selon l’indicateur de couverture des risques ou de fonds propres de base, ce qui montre que la solidité d’ensemble masque des disparités individuelles persistantes.
Le principal point de vigilance reste la montée des expositions souveraines avec 10 641 milliards de FCFA (+19,9 %), soit 38,6 % du total bilan et plus de 500 % des fonds propres nets, dont 8 038 milliards de FCFA de titres publics, représentant 75,5 % des financements aux États et assimilés.
La qualité du portefeuille demeure fragile, avec 2 244 milliards de FCFA de créances en souffrance (+10,9 %), un taux brut de 16,0 % (-0,2 point) et un taux net de 4,5 % ; les créances douteuses représentent encore 74,5 % des créances en souffrance. Le profil de risque SYSCO 3 classe 38,5 % des banques comme « solides », 40,4 % comme « globalement saines », 13,4 % comme « fragiles » et 7,7 % comme « très fragiles ». Enfin, la concentration géographique reste forte : le Cameroun concentre 48 % des dépôts, 43,7 % du PNB et 42,7 % du résultat net du secteur bancaire CEMAC, ce qui constitue à la fois un moteur de la zone et un facteur de concentration à surveiller.
Sur l'activité des établissements financiers marquée par une rentabilité limitée et des créances élevées
Les 7 établissements financiers déclarants auxquels s’ajoute une succursale présentent un total bilan de 565 milliards de FCFA (+5,1 %), des dépôts de 83 milliards de FCFA (+5,6 %) et des crédits bruts de 360 milliards de FCFA (+2,8 %), soit une croissance modérée de l’activité. Leur taux brut de créances en souffrance reste très élevé à 38,8 %, malgré une légère amélioration de 1,1 point, et les fonds propres nets reculent de 4,1 % à 293 milliards de FCFA.
A l'analyse, la rentabilité se dégrade nettement avec le PNB qui baisse de 3,7 % à 14,7 milliards de FCFA, le résultat net qui chute de 49,6 % à 2,4 milliards de FCFA, le ROA n’est que de 0,4 % et le ROE de 0,7 %.
La lecture prudentielle est donc clairement celle d’un secteur à surveiller surtout sur la qualité des actifs qui demeure préoccupante, la rentabilité insuffisante pour absorber le coût du risque et la capacité de renforcement des fonds propres limitée. Ce segment, moins visible que les banques, joue pourtant un rôle important dans le financement spécialisé, notamment le crédit-bail et les plans d’épargne logement, ce qui justifie un suivi rapproché de la COBAC.
Sur l'activité des établissements de paiement et les nouveaux risques technologiques
Selon le Rapport, les établissements de paiement constituent le segment le plus dynamique du système financier CEMAC en 2025 tant leur total bilan a atteint 811 milliards de FCFA (+24,2 %), les fonds reçus de la clientèle s’élèvent à 512 milliards de FCFA (+12,9 %) et les fonds propres nets progressent de 34,1 % à 38,8 milliards de FCFA. L’activité explose avec 4,6 milliards de transactions (+35 %) pour une valeur de 44 037 milliards de FCFA (+16 %), confirmant la montée en puissance des paiements numériques et de la monnaie électronique dans les usages financiers.
La rentabilité y est particulièrement élevée avec le PNB de 143,6 milliards de FCFA (+26 %), résultat net de 47,3 milliards de FCFA (+50 %), ROA de 5,8 % et ROE de 47,9 %. Cette performance s’explique notamment par la marge sur opérations diverses, qui représente 91,2 % du PNB, et par une quasistabilité des frais généraux, le coefficient net d’exploitation revenant à 45,1 % contre 56,6 % en 2024.
Cependant, la croissance rapide des Fintechs renforce au niveau de la COBAC tous les enjeux majeurs :
- de supervision technologique,
- de cybersécurité,
- de continuité opérationnelle,
- de protection des données et de conformité LBC/FT ; elle appelle aussi :
- une vigilance accrue sur le cantonnement des fonds de la clientèle,
- la qualité du reporting et la solidité des dispositifs de contrôle interne.
Le secteur reste globalement maîtrisé sur le plan prudentiel, avec 1 établissement « solide », 5 « globalement sains » et 1 « très fragile », mais sa concentration et son interconnexion croissante avec les circuits de paiement régionaux justifient une surveillance renforcée.
Sur l'activité de la microfinance présentée comme très fragile
Le secteur de la microfinance compte 521 EMF agréés et en activité, pour un total bilan de 2 239 milliards de FCFA (+9 %), des dépôts de 1 625 milliards de FCFA (+7 %) et des crédits bruts de 1 158 milliards de FCFA (+11 %).
Sa trésorerie nette demeure excédentaire à 757 milliards de FCFA (+2 %), mais la qualité du portefeuille se dégrade fortement avec les créances en souffrance qui atteignent 237 milliards de FCFA (+33 %), soit un taux brut de 20,5 %, et les créances impayées progressent de 59,8 %. La rentabilité s’effondre : le produit net financier recule de 1 % à 147,6 milliards de FCFA, le résultat net chute de 89 % à 2,4 milliards de FCFA, et le coefficient d’exploitation monte à 91 %, traduisant la persistance de charges de structure élevées. Le profil de risque SYSCO-EMF se dégrade également : 48,7 % des EMF sont classés « très fragiles » à fin décembre 2025, contre 45,3 % à fin septembre, et la proportion d’établissements « solides » recule à 21,4 %. Les principales vulnérabilités concernent le modèle d’affaires et la rentabilité, le risque de crédit, les risques opérationnels et LBC/FT, ainsi que le contrôle interne et la gouvernance. Le secteur demeure essentiel pour l’inclusion financière, mais il est fragilisé par la dégradation du portefeuille, le coût du risque et la faiblesse de la capitalisation de nombreux établissements.